Petits plateaux, spiruline et économie bleue

Les nuages sont bas et les côtes interminables. Un vent froid souffle mais le fond de l’air est chaud et nous n’avons parcouru qu’un tiers du chemin qui relie Douarnenez à Bénodet. Nos dérailleurs sont capricieux et nous avons du mal à passer le petit plateau.

« Au prochain bourg, on s’arrête ! » Une petite pause ne fera de mal à personne.

 Je me remotive en pensant à tous les sourires que nous avons déjà croisés en presque quinze jours d’aventures bretonnes.  Effectivement, nous sommes partis, avec Bertrand, une petite semaine avant le départ officiel du Canethon, pour se mettre en jambe et déconnecter de la ville, de Paris et des tracas administratifs. Nous avons roulé entre Saint-Malo et Saint-Brieuc, entre Brest et Porspoder et partout, entre deux fous rires, nous nous sommes vite rendus compte que les vélos facilitaient les échanges. Ok, les collines bretonnes tirent sur les mollets, mais quelle joie d’arriver à destination en ayant « senti » le pays, en connaissant tous les petits bourgs traversés et en ayant le temps de dire bonjour aux promeneurs croisés.

Avec Allison, nous nous sommes retrouvées le 15 juin à Quimper et nous avons rencontré, dès le mercredi soir, Vincent Coppola, Directeur du département Entreprises et Territoire la CCI de Quimper. Arrivées avec les bicyclettes  et notre barda, nous avons été accueillies les bras ouverts, et il nous a expliqué en détails ce qu’il tentait de mettre en œuvre dans sa région.

 Ce moment passé dans les locaux de la CCI nous a démontré qu’il était possible, pour quelqu’un de passionné, de réaliser de beaux projets malgré un environnement plutôt frileux au changement. Allison vous en dit plus ici sur l’économie circulaire, l’économie bleue, et l’intérêt pour les collectivités de repenser leur modèle en misant beaucoup sur la coopération et la mutualisation des outils.

Nous voilà en haut d’une colline, et enfin, une descente ! Je prends de la vitesse et profite de ce moment de répit. Allison me double et nous rions jusqu’en bas.

Je repense aux sourires d’Annaïck et Marin, qui nous ont accueillies la première soirée de notre périple, dans leur jolie maisonnette située sur les hauteurs de Quimper.

Malheureusement, nous n’avons pas pu aller au Festnoz qu’animait Marin samedi soir dernier. Lui est luthier, spécialisé dans la confection de harpes (et musicien !) et Annaïck est assistante sociale. Tous deux partagent l’amour du voyage (ils ont même un bateau « en plastique » à Douarnenez) et ont parcouru la Casamance (Sénégal) à vélo. C’est grâce au site warmshower, un réseau d’hébergement pour cyclorandonneurs que nous avons croisé leur chemin.  Ils nous ont donné mille et un plans dans la région : des associations pour la mixité sociale et la réinsertion (entre autre : Amis de Jeudi Dimanche, fondée par le Père Jaouen), des périples à vélo pour découvrir les initiatives sympas autour de Quimper, et surtout, ils nous ont mis en lien direct avec le Président de  l’association « un regard vers  l’autre ». Cette dernière donne l’opportunité à des jeunes perdus dans le grand flou de l’orientation de passer une quinzaine de jours à se former aux métiers de l’audio-visuel en réalisant des courts métrages sur des métiers locaux, des initiatives hors du commun, etc.

Des idées pour rendre le monde meilleur éclosent partout, d’initiatives individuelles. Allez, un dernier coup de pédale et nous sommes au bourg.

Nous avons quitté Douarnenez ce matin.

Ah Douarnenez ! Ses ports, ses criques, ses collines, ses petits bars et… son gîte des Plomarc’h. Pour ma part, je resterais bien toute ma vie aux Plomarc’h !

Les maisonnettes qui servent aujourd’hui de gîtes datent d’une autre époque et le chemin qui parcourt le terrain fait passer le randonneur par un ancien lavoir, une ferme pédagogique, un potager « au naturel » et les vestiges d’un entrepôt de poissons datant de l’époque romaine. Le domaine est géré par la mairie : il a été légué dans les années 70 avec comme seule consigne de ne pas diviser le terrain, de le laisser accessible aux Douarnenistes et à toutes les personnes qui passeraient par là. Les deux employées municipales qui en ont la charge se démènent pour garder l’esprit d’ouverture qu’ont toujours eu les Plomarc’h et éviter que ce magnifique endroit tombe entre les mains de promoteurs immobiliers.

Annaïg, responsable du gite, nous a donné de nombreuses bonnes adresses dans le coin : elle organise elle-même tous les ans un grand marché bio. Suivant ses conseils, nous avons appelé Vincent, qui gère une ferme sur les hauteurs de Bénodet. Point de maïs, de vaches ou de betteraves chez lui : deux serres, des grands bacs et un atelier de transformation. Vincent a quitté, avec sa femme, l’est de la France et un boulot qui ne lui convenait plus pour se former et se reconvertir dans… la spiruline !

Plein d’énergie, amoureux de sa nouvelle vie, il nous a expliqué avec passion les propriétés de cette algue qui a traversé les âges et permet de réduire grandement les conséquences de la malnutrition dans de nombreux pays. Un marché juteux qui pourrait provoquer de nombreuses dérives : Vincent ne nous le cache pas, la production et le commerce de spiruline ne sont pas épargnés par la voracité des grands groupes. Vincent, lui, se dit paysan : il fait tout manuellement et espère pouvoir salarier trois personnes avec sa petite exploitation. Sa vie d’avant ne lui manque pas. Pas du tout. Ici, il a deux chevaux dans un paddock qu’il peut monter librement. Sa femme et lui travaillent beaucoup, mais au grand air et dans un secteur qui leur plait. Et le soir de notre visite, il était attendu chez des copains pour fêter une naissance, mais « restez, faites comme chez vous si vous voulez voir les chevaux ! ».

On peut rester toute la vie ?!

Nous avons réussi à partir : nous roulons vers Bénodet, où nous retrouverons deux canetons qui passent la saison entre un job alimentaire et leur magnifique voilier qu’ils retapent avant de partir dans les mers du sud. Mais çà… c’est une autre histoire !

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