Canethon à moteur oui, mais Canethon quand même !

[Anta nous a rejointes à de nombreuses reprises sur le Canethon. Pour vous et en exclusivité, elle vous raconte sa première rencontre « Col-Vert », en plein pays bigouden (Finistère Sud)]

Ces derniers jours j’ai accompagné Alli et Filo dans le Canethon. Bon, j’avoue, je n’ai pas beaucoup pédalé. Travail oblige, j’ai plutôt chaussé la voiture pour les rejoindre plus vite, elles et tous ces gens qui font des trucs chouettes de leur vie.
Mardi 21 juin, par exemple, nous sommes allées voir les Kerterre d’Evelyne.

Je me presse en voiture, Alli et Filo sont déjà arrivées, elles m’attendent, vite !

Je les retrouve au détour d’une petite départementale, vélos au repos contre un arbre. Elles me font coucou, je les dépasse pour aller me garer un peu plus loin. C’est drôle il y a plusieurs voitures ici, mais rien de notable. Des champs ici, un bois serré là. Elles se sont trompées ou quoi ?

Je cours pour les rejoindre, elles discutent avec une nana, Anne Bé .«Dis donc, toi t’es pas venue à vélo !» Bien vu, Anne Bé.

Ca m’embête déjà bien assez de ne pas pouvoir faire le Canethon en bonne et due forme, pas besoin de remuer le couteau dans la plaie. Je souris, on parle bateaux, de Douarnenez et d’ailleurs… Tiens tiens en voilà une qui vit aussi sur son bateau !

«Bon, on y va ?» Ben oui mais où ? T’es sympa Anne Bé mais à part le bois là et le champs ici, y’a pas grand chose on dirait…

Ah si là !
Y’a un tout petit sentier, je ne l’avais pas vu.

C’est parti on la suit.
Une branche, on se baisse. Attention, une racine. Passe par là plutôt.
Je me redresse et… oh, une immense maison en toit de chaume, magnifique.

Et là ! A portée de ma main, des lignes, des dômes, des arabesques…

J’effleure la paroi du bout des doigts, ça a l’air presque fragile. «On dirait des maisons de hobbit !» Alli m’envoie un clin d’œil entendu.

Nous avançons encore, on entend du bruit par là. En effet, juste là devant, des gens coupent, trempent et collent. Ils façonnent, ils raclent, et puis ils rigolent, aussi. Nous voilà au beau milieu d’un chantier de construction de Kerterres.

On ne sait pas trop où se mettre, alors on reste là au milieu. J’ai les yeux ronds. «C’est beau!» Cette grosse porte ronde pourra être roulée pour ouvrir ou fermer la petite maison blanche. Les ornements sont fins, tracés dans ce mélange de chanvre et de chaux.

Parmi les travailleurs, une dame vient nous dire bonjour. C’est Evelyne. Elle nous fait entrer dans l’une des maisons, on se déchausse et on s’installe sur les tapis, au milieu des coussins. C’est lumineux, le toit est en verre. Tout comme une partie du mur, qui laisse voir l’herbe pousser juste là, dehors. Et puis surtout, surtout, il y a un arbre. La Kerterre a été construite autour d’un arbuste qui a grandit ! C’est magnifique, cosy et chaleureux.

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Evelyne peste en remettant les coussins en place. «Ce qui est difficile avec la vie en collectivité, c’est que chacun se repose sur les autres, alors qu’on devrait s’émuler les uns et les autres pour que cet endroit soit toujours nickel !»

Evelyne porte un pull en chanvre parce que c’est local, ça ne pille pas l’Afrique comme le coton sait le faire depuis des décennies. En revanche elle porte un pantalon «beurk», comme elle dit, parce qu’elle n’a pas encore trouvé un pantalon de fabrication éthique. Si cela n’avait tenu qu’à elle, ses enfants ne seraient pas allés à l’école, parce que c’est un lieu de fabrication de contraintes.

Evelyne, elle fait la chasse aux habitudes. Pas de table dans sa Kerterre, parce que finalement elle n’en a pas besoin. Elle entretient un jardin-jungle autour de chez elle et a bien voulu nous faire entrer dans son univers.

Evelyne, elle reproche à mai 68 d’avoir prôné trois belles erreurs :

  • Le partage de tous les biens par une communauté,
  • la liberté sexuelle et
  • le rejet de la société

Selon elle, il ne s’agit pas de rejeter tout en bloc et de tout reconstruire, non, il faut améliorer. Prendre le meilleur de l’ancien pour faire du plus beau. La solidarité entre les générations, entre valides et invalides… Toutes les valeurs de partage entre les membres de notre société ne doivent pas être oubliées.

« J’aime cette société. C’est une vieille dame qui n’en peut plus, mais elle a fait ce que je suis. Il faut proposer une nouvelle petite dame, mais il ne faut pas taper sur l’ancienne, nous avons encore besoin d’elle. »

Elle protège également sa vie privée : on peut faire des choses ensemble, mais seulement si on le souhaite. « Il n’y a pas de communauté ici, il n’y a que des individualités associées »

Nous discutons quelques heures avec Evelyne. Quelle femme incroyable ! Entre loi Alur et contes pour enfants, nous parlons société, engrenages et de la place que l’on se donne aujourd’hui, en tant que jeunes, en tant que femmes, en tant que personnes qui vivent, mangent et s’entrecroisent. On se dit qu’il faut promouvoir ce que l’on pense être bon pour le monde. Même si cela demande du temps, même si c’est cher, même si… Il y a toujours une bonne raison pour ne pas le faire. Alors faisons-le, essayons comme nous pouvons et voyons le résultat.

« Votre argent c’est votre bulletin de vote ! », qu’elle dit Evelyne.

Je reprends la voiture, sandwich en main pour retourner à mon passionnant poste d’hôtesse-d’accueil-pendant-les-heures-creuses. A l’hôtel où je travaille, on ne réfléchit pas la société, on la vit sans poser de question. On jette les betteraves à la poubelle parce que ça fait un jour et demi qu’on a ouvert le paquet et on ouvre les fenêtres au lieu d’éteindre le chauffage. Les journées sont longues là-bas, mais aujourd’hui j’y vais d’un pas léger. J’ai vu de belles choses aujourd’hui.

Comme dit Evelyne, « il y a un grand espoir de changement ». Ce changement on le voit, on l’entend de ci de là pour peu que l’on tende l’oreille. Il se cache, il se fait discret pour le moment mais il est bien là et il prend confiance. Manque « l’écologie relationnelle », nous dit Evelyne. Etre content de ne pas être d’accord et non pas faire avec. Donner sa vérité pour échanger, non pour faire changer.  

Ah vraiment, j’ai vu de belles choses aujourd’hui. Des choses qui me donnent du baume au coeur, de la patience dans les pensées et un peu d’espoir dans les yeux.

 

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